Extrêmement fort, incroyablement près

Je ne compris pas de suite l'événement dont il était question à l'écoute du premier épisode réalisé par Cédric Aussir diffusé sur France Culture d'Extrêmement fort, incroyablement près, adaptation radiophonique de Cécile Laffon du roman de Jonathan Safran Foer paru en 2005.

L'absence d'images, les dialogues entre un père et son fils, laissaient à penser qu'il s'agissait d'une histoire somme toute banale. Mais la curiosité permanente du personnage principal, sa candeur doublée d'une grande vivacité d'esprit, sa sensibilité aussi, dégageaient quelque chose d’inattendu, d'original, et me firent continuer mon écoute jusqu'au bout. Oskar Schell, neuf ans, passionné d'astrophysique et fan de Stephen Hawking, vit à New-York avec ses parents. C'est un jeune garçon hypersensible à l'imaginaire débridé admirant son père. 

Sans connaître l'auteur du roman ni son œuvre, je crus au départ qu'il s'agissait d'une adaptation libre du Prince de Central Park, ou bien d'une version revisité du célèbre roman Le Petit Prince de Saint-Exupéry. Puis soudain, je compris. Un message laissé sur le répondeur un matin de septembre par le père d'Oskar et sa voix inquiète au bout du fil, le tumulte diffus tout autour.

C'est l'histoire d'une quête, une quête de sens. Tenter de recomposer ce qui a été rompu. C'est aussi une histoire de résilience, comment apprendre à se remettre debout, à vivre avec un deuil lorsqu'on a neuf ans. Oskar, tel un enquêteur, ne va jamais s'arrêter de chercher les traces de son père. Une fois le vase bleu de la maison brisé, il est prêt à sonner à toutes les portes de New-York s'il le faut, à marcher des heures, à fureter partout, pour résoudre cette terrible absence.

C'est au final cinq épisodes d'une grande intensité radiophonique et dramatique. Tant grâce à la qualité d'interprétation des comédiens (mention spéciale à Edgar Cemin, Sarah Le Picard et Jean-Pierre Kalfon pour leurs personnages), que par le superbe travail sonore mené par l'équipe de Cédric Aussir (bruitage, prise de son, montage, mixage). On en sort à la fois émerveillé et bouleversé.

Tout comme pour un roman, la radio permet de se créer ses propres images. Pourtant il y a ici un appui de taille. Le récit d'Oskar se déroule dans un contexte où bascula le monde à l'aube du XXIème siècle, accompagné d'une profusion d'images véhiculées par les médias. A l'écoute d'Extrêmement fort et incroyablement près, le constat est évident : celles-ci continuent à nous hanter et à se superposer à nos esprits, telles des images imparables, non sans émotions, brutes de formes, des images indissociables d'une réalité qui s'imposent dès lors où elles sont évoquées.

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