Top 10 Ciné 2025
Ça y est l'heure du bilan est arrivée. Une année 2025 qui je trouve est passée incroyablement vite, signe d'une accélération des choses ou de plus d'activités ? Je ne sais pas. En tout cas le nombre de films visionnés cette année a encore augmenté. L'occasion de revenir sur quelques temps forts cinématographiques en faisant le classement traditionnel, forcément subjectif, des films ayant le mieux retenu mon attention. Trouveront leur place dans ce top 10 des films uniquement sortis en 2025 et non des films sortis antérieurement comme ce fut le cas l'année dernière.
Une année de cinéma une nouvelle fois riche en visionnages et en critiques permettant aussi de faire le point sur l'état du monde [peu réjouissant] notamment à travers différents récits de personnages hautement singuliers et charismatiques si bien que certains semblaient sortis d'une bd. Personnages désorientés à l'image de László Toth découvrant la statue de la liberté tête à l'envers au moment de son arrivée à New-York, personnages en tension, personnages en mouvement, où la danse et la musique deviennent les échappatoires d'un monde au bord de l'implosion. Comme toiles de fond omniprésentes à ces récits, le désert et la route, symboles de rencontres, de pertes ou d'échappées justement. Ambiance fin de monde donc à travers ce top mettant en relief les inquiétudes et les revendications d'aujourd'hui.
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| La Tour de Glace, Lucile Hadzihalilovic |
Si certains films eurent une résonance plus politique, d'autres au contraire s'en écartèrent en proposant une lecture plus intimiste ou poétique, en s'orientant vers un cinéma sensoriel où le spectateur était davantage immergé, pris dans la trajectoire des personnages, parfois de manière sage ou abrupte. Enfin la place du cinéma fantastique et d'horreur n'est pas en reste cette année, avec plusieurs films en concurrence, si bien qu'il fut difficile de trancher. Échouent donc au pied de ce top les impressionnants Bring Her Back, Évanouis et Frankenstein. A noter que les cinq premiers films du top bénéficient d'un plus large focus au détour duquel le lecteur ou la lectrice de cet article pourra avoir un retour plus précis de mes impressions. A travers ce bilan il paraît également opportun comme le veut la tradition annuelle d'attribuer quelques mentions spéciales (très foisonnantes cette année) et de s'attarder sur les fulgurances, les coups d'éclats cinématographiques, ayant particulièrement retenu mon attention, même si parfois certains films m'ont paru dans leur globalité inégaux ou moins intéressants. L’occasion aussi de parler dans le détail de scènes marquantes, de qualité d'interprétation ou de réalisation ayant fait mouche.
Enfin au bénéfice de ce bilan figurent les rattrapages, les déceptions, les revisionnages, les films à rattraper et les perspectives pour 2026. Mais d'abord place au top !
Top 10 2025
1. Life of Chuck, Mike Flanagan : Comment conjuguer fin d'un monde et fin d'une vie en faisant toute la place aux rencontres, au fantastique et au mystère.
2. The Brutalist, Brady Corbet : Film massif et puissant sur le geste artistique. Mise en scène de génie.
3. Une Bataille après l'autre, Paul Thomas Anderson : Drôle, percutant, à vif, personnages immédiatement iconiques, course-poursuite anthologique. Mise en scène de génie 2.
4. Black Dog, Hu Guan : Le désert magnétique façon western, histoire sensible sur le retour d'un homme déchu réapprenant à vivre.
5. Cassandre, Hélène Merlin : Billie Blain d'un charisme extrême dans ce drame intime excellemment mis en scène.
6. Sirāt, Oliver Laxe : Le désert chaos, film pré-apocalyptique hypersensoriel avec effet de sidération en bout de course.
7. L'Attachement, Carine Tardieu : De nombreuses scènes lumineuses, d’une simplicité désarmante qui ne vise rien d’autre que d’aller au fond des choses, de rendre palpable ce qui habite l’intimité de chaque personnage dans cette traversée du deuil. Depuis le magnifique film de Mickael Hers Amanda, tournant lui aussi autour du deuil parental et de la reconstruction, peu de cinéastes étaient parvenus à faire exister avec autant de force les personnages, surtout celui de Sandra (Valeria Bruni-Tedeschi), d’une gentillesse quasi divine. Bien que le film donne le sentiment de s’étirer un peu trop sur sa fin, en tentant de dénouer tous les liens, de régler toutes les problématiques, en s’attardant notamment sur les conflits intérieurs, proposant presque une lecture un peu trop psychanalytique ou psychologisante, le récit garde malgré tout une puissance constante sans emballement, sans fioriture, avec au contraire beaucoup de netteté et de justesse. Cet aspect vaut aussi pour les personnages, d’une remarquable sincérité et épaisseur.
8. Tardes de Soledad, Albert Serra : Film documentaire impressionnant (au bas mot). Sensation d'être dans l'arène. Film choc, difficile à soutenir à certains moments, tant par les scènes de mise à mort que par la mort même de l’animal. Albert Serra parvient à travers ce portrait de torero (Andrés Roca Rey) à questionner la forme documentaire et notre propre rapport aux images.
9. Sinners, Ryan Coogler : Michael B. Jordan dédoublé et inspiré dans cette histoire mêlant récit esclavagiste et fantastique comme si Django Unchained avait rencontré John Carpenter. Robert Rodriguez avait réalisé il y a presque 30 ans Une Nuit en Enfer, film à twist avec effet de sidération, le métrage de Ryan Coogler s’inscrit lui aussi dans cette lignée mais en plus baroque et contemporain où la mise en scène et la bande-son sont au top.
ex-aequo avec The Ugly Stepsister, Emilie Blichfeldt : Une embardée horrifique dans un célèbre conte de fée raconté, filmé, comme une vertigineuse descente aux enfers. Mise en scène et photographie remarquables.
10. L'Agent secret, Kleber Mendonça Filho : Une scène introductive magistrale. Des personnages hauts en couleur et charismatiques. Mention spéciale à Wagner Moura dont l’interprétation est impeccable. Intervention mémorable, quoique brève, d'Udo Kier. Mise en scène de génie 3. Attaque de jambe mémorable. Va-et-vient dans le temps sans impression de flashback mais plutôt d’un éternel présent. Magnifique photographie.
Mentions Spéciales
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| Sally Hawkins dans Substitution : Bring Her Back, Michael et Danny Philippou |
A l'atmosphère ruisselante et lugubre de Bring Her Back, film ténébreux, perturbant, des frères Philippou, avec une Sally Hawkins (découverte dans La Forme de l'eau de Guillermo del Toro) complètement habitée. Film de trauma, film gore, film d’horreur, ou comment une maison pimpante et relativement accueillante devient le théâtre de l’insoutenable.
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| The Lost Bus, Paul Greengrass |
Aux performances de America Ferrera et Matthew Mc Conaughey dans The Lost Bus, pépite sombre de Paul Greengrass qui n’en est pas à son premier coup d'essai dans le genre catastrophe (Vol 93). Le film vaut pour l’acte de bravoure et pour la relation plutôt bien écrite entre un chauffeur et une institutrice offrant de vrais moments d’émotions. Ce qui vaut aussi le détour c’est la manière de filmer la propagation des flammes, partant d’un court-circuit pour arriver à un déluge de feu. La caméra suit cette propagation à la vitesse d’un oiseau, scènes saisissantes.
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| Valeur Sentimentale, Joachim Trier |
A la magnifique scène de dialogue entre les deux sœurs du film de Joachim Trier Valeur sentimentale, Nora et Agnès interprétées brillamment par Renate Reinsve et Inga Ibsdotter Lilleaas.
A l'épais mystère entourant la fin du film Hallow Road du réalisateur iranien Babak Anvari. Mais c'est quoi cette forêt et cette route bon sang ???
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| La Tour de Glace, Lucile Hadzihalilovic |
A la première moitié envoûtante du film de Lucile Hadzihalilovic La Tour de Glace avec en rôles titres la jeune Clara Pacini et Marion Cotillard, duo fonctionnant à merveille. Musique ténue, atmosphère ouatée et étrange évoquant un conte de fée en milieu ordinaire.
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| Arco, Ugo Bienvenu |
Au beau film d'animation Arco d'Ugo Bienvenu. Réalisateur, dessinateur, découvert avec le film documentaire Magellan sorti sur arte il y a trois ans qui m'avait déjà fait forte impression. Film poétique et profond qui prend la peine de travailler de manière subtile le rapport espace-temps, avec la perte ou l’absence comme thématique en filigrane. Malgré sa mélancolie latente le film est rempli d’espoir et réussit à créer un magnifique pont temporel entre deux personnages. Intéressant de savoir qu’Ugo Bienvenu est parti d’une image (le visage d’Arco sillonnant le ciel, les nuages, laissant derrière lui une traînée arc-en-ciel) un peu comme Miyazaki pour Ponyo sur la falaise, où une aquarelle du personnage de Ponyo servit de point de départ à toute la préparation du film.
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| Reflet dans un Diamant Mort, Hélène Cattet et Bruno Forzani |
A la scène de l'attaque du bar digne de Cat's Eyes dans Reflet dans un Diamant Mort de Hélène Cattet et Bruno Forzani. Percutante et immédiatement iconique.
A la performance de Jacob Elordi dans Frankenstein.
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| Présence, Steven Soderbergh |
Au film Présence de Steven Soderbergh, dont le final est mémorable où l'on adopte le point de vue d’une entité mystérieuse déambulant dans une maison familiale. Le film ne fait pas véritablement peur mais questionne sur qui regarde et qui voit. La présence en question est d'ailleurs très souvent réfugiée dans le cagibi d’une chambre de la maison. C’est finalement un récit dramatique plus que d’épouvante qui s'offre au spectateur. L'histoire de cette errance m'a beaucoup fait penser au film de David Lowery A Ghost Story tant on sent dès l'ouverture que cette présence fantomatique est perdue dans un espace-temps insondable.
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| Enzo, Robin Campillo |
A la scène nocturne enveloppant le personnage d'Enzo dans le film éponyme de Robin Campillo. Film sur les relations familiales et amoureuses d’un ado en devenir. Mise en scène sobre, cadrages majestueux, scène de nuit exceptionnelle à flanc de falaise.
Au vingt dernières minutes d'Eddington de Ari Aster dont le final nocturne et abrasif reste en mémoire par son intensité. Malheureusement le reste du film ne m'a pas convaincu.
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| Past Lives, Céline Song |
A la magnifique introduction de Past Lives de Céline Song, qui adopte le point de vue de deux personnages hors champ pour tenter de deviner ce qui unit un autre groupe de personnages discutant au comptoir d'un restaurant. Tous les possibles sont alors évoqués. Point de vue décalé, presque hors contexte mais qui au contraire permet de s’immerger dans le récit par le biais de la connivence. C’est un autre couple qui s’interroge sur les relations entre les gens autour d’eux, comme un décentrement du point de gravité au moment de commencer le film. C’est très beau car cela inclut les autres histoires se déroulant en parallèle de celle de Nora et Hea Sung. Tout le film tend vers cette scène. On attend impatiemment ce moment montré à rebours jusqu’à ce qu’il arrive.
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| La Chambre d'à côté, Pedro Almodovar |
A la conversation dans un multiplex entre Julianne Moore et Tilda Swinton dans La Chambre d'à côté de Pedro Almodovar. Inventivité de la mise en scène pour passer d'un espace à un autre sans discontinuité, de manière improbable mais douce. Le dialogue se prolonge, par un savant raccord de champ-contrechamp dans l’appartement de Tilda Swinton sans qu’on s’en aperçoive immédiatement. Le temps et l’espace autour des deux personnages semblent ne pas avoir d’emprise sur leur discussion. Magique !
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| Promesse, Thomas Hug de Larauze |
Au documentaire poignant Promesse de Thomas Hug de Larauze. Où l’on assiste à l’amour d’un frère pour sa sœur jumelle, lui faisant la promesse de faire un film sur son combat face à la maladie, son parcours de vie. Alternant des séquences tournées à l’hôpital, des anciens films de famille, des témoignages familiaux et amicaux, des moments face caméra et des séquences animées d’une grande justesse symbolique, le film est un bouleversement si bien que l'on en sort secoué. Il y a par exemple ce moment poignant où peu de temps après sa greffe du poumon, Laurène vit ses derniers mois avec les poumons d’un autre. Pour faire la transition de ses derniers instants, le film en prise de vues réelles cède la place au film d'animation la montrant tournoyant sur sa chaise de bureau, son cœur se met à rougir d’un curieux éclat, s’enflammant, tourbillonnant, se transformant en soleil couchant disparaissant à l’horizon. Image forte.
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| Samuel, Emilie Tronche |
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| Ballerina, Len Wiseman |
A la scène d'affrontement dans une rue d'Hallstatt (Autriche) dans Ballerina de Len Wiseman où Ana de Armas couverte d'un épais ciré se trouve confrontée à un méchant, plutôt beau pour le coup. Cela donne lieu à un duel très visuel opposant les éléments eau et feu, lance-flamme vs lance à incendie, façon kaméhaméha. Jouissif mais film vraiment pas top.
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| 28 ans plus tard, Danny Boyle |
A la scène ahurissante de 28 ans plus tard de Danny Boyle, montrant le personnage principal Spike (Alfie Williams) déposant une relique en haut d’un mémorial. Scène qui pourrait paraître dans la majorité des cas comme glauque et sordide mais qui ici est transfigurée pour souligner l’amour maternel et la notion de « Memento Mori ». Danny Boyle parvient avec brio à nous faire accepter cette image hors-norme malgré sa charge macabre en transformant l'essai vers le sacré et le spirituel (excellent Ralph Fiennes). Le film de Boyle bien qu'inégal offre aussi une réflexion sur le groupe, sur l’appartenance à une communauté, prenant la forme d’un récit initiatique. A noter que le village isolé de Spike fait beaucoup penser à celui de la magnifique et étrange série The Third Day sortie en 2020 avec Jude Law et Naomie Harris (plus précisément l’épisode en plan séquence de 12h, oui vous avez bien lu, Automne, montrant en temps réel le passage recouvert par la marée séparant l’île du continent).
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| Weapons (Evanouis), Zach Cregger |
A la scène finale de Weapons sorti en France sous le titre vaguement évocateur Évanouis de Zach Cregger, réalisateur de la même trempe qu’Ari Aster, David Robert Mitchell, Ti West, Robert Eggers et David Lowery, ayant tous œuvré de manière édifiante dans le cinéma d’horreur ou fantastique. Scène finale osant le mélange des genres entre le burlesque et l'horreur, le tout fonctionnant à merveille, montrant la sorcière Gladys poursuivie par une horde de gamins « têtes chercheuses » courant comme Naruto, traversant les fenêtres et les jardins pour la démembrer. Cela donne lieu à une séquence visuellement frénétique, drôle car contenant des moments de rupture de ton. Citons celui où la caméra passe en mode subjectif et enchaîne les pétages de vitre façon pub levis de Jonathan Glazer ou bien celui où la voisine hurle qu’il y a un intrus chez elle après que les gamins eurent tout saccagé sur leur passage dans un brouhaha d’enfer. Le film n’est pas sans rappeler certains classiques du genres tels que Jusqu’en Enfer ou Evil Dead 2 de Sam Raimi. Mais on peut y voir aussi des clins d’œil plus ou moins appuyés à Carpenter (Le Village des Damnés) ou à Tobe Hooper (Poltergeist).
A la dernière séquence, bouleversante, de L'histoire de Souleymane de Boris Lojkine et à l'interprétation parfaite d'Abou Sangare.
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| Partir un jour, Amélie Bonnin |
Au beau film d’Amélie Bonnin Partir un Jour mettant en scène la chanteuse Juliette Armanet incarnant Cécile une cheffe dans un restaurant parisien. Ce qui surprend et attendrit ce sont les moments chantés, très lumineux, simples, efficaces, qui font mouche à chaque fois (« Alors on Danse », « Mourir sur scène », « Sensualité », « Le Loir et Cher », « Femme like u », « Ces soirée-là » et bien sûr « Partir un jour »). Mais le titre réinterprété le plus drôle et décalé est sans doute « Pour que tu m’aimes encore » joué au clavier bontempi par un pote de Raphaël (Bastien Bouillon). Scène drôlissime et émouvante à la fois. Amélie Bonnin s’amuse à mélanger poésie du texte et prosaïsme des situations. Les arrangements mélodiques sont également excellents. Lorsque le père de Cécile chante seul dans sa cuisine le célèbre titre de Dalida « Mourir sur scène » en épluchant des pommes de terres avec deux gros sceaux posés sur la table, ou bien lorsque Cécile écrit un texto à Raphaël sur les lyrics de « Sensualité », il y a comme une vraie correspondance entre le vécu et le chanté. La fin est formidable. Le titre des 2B3 réinterprété par Juliette Armanet dans le camion du retour pour Paris avec la campagne qui défile au loin forment une magnifique image de fin. Mention spéciale aussi à la scène de la patinoire offrant un voyage dans les souvenirs très bien géré.
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| L'Aventura, Sophie Letourneur |
Au film de Sophie Letourneur L'Aventura, très drôle et prenant, brut de forme aux premiers abords, notamment par sa tonalité documentaire et son côté film de vacances. Mais on s’aperçoit progressivement qu’il révèle sa finesse et sa poésie tout du long grâce à un montage ingénieux, de belles lumières et des scènes de vie on ne peut mieux transcrites. L’ensemble fait rire avec ses quatre personnages que l’on prend plaisir à suivre dans leurs aventures estivales : Jean-Phillipe le père très décontracté incarné par Phillipe Katerine, Sophie la mère épuisée incarnée par la réalisatrice, Claudine l’ado et Raoul qui fait caca partout. « Ye veut de yeau ! », « Ye veut un bonbon », « Moi aussi y’en veux ! », répliques comiques tout comme la scène de pique-nique devant un coucher de soleil et la zone « caca-pastèque ». Toutes les scènes de transit font authentiques (train à couchettes, ferry, tgv, voitures). Fin du film magique et véritablement émouvante sur le prélude de Bach et quelques séquences en super 8.
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| Madame Hofmann, Sébastien Lifschitz |
A l'excellent documentaire de Sébastien Lifschtiz Madame Hofmann, retraçant avec sensibilité et poésie le quotidien à l’hôpital nord de Marseille un an avant le départ à la retraite de Sylvie Hofmann, cadre infirmière en prise avec le monde des malades du cancer au service oncologique. On assiste à ce qui se passe en creux pour cette femme qui a tout donné pour son métier, pour ses malades. Elle nous raconte avec force et justesse ce qu’a été sa vie à l’hôpital depuis 40 ans. Là où le film de Lifschitz est super c’est sur sa capacité à faire un portrait en grâce de cette femme, naturel, spontané, qui se détache totalement de la présence de la caméra et qui nous parle de son intimité. Le montage et la photographie sont superbes. Ce soucis du cadrage et de la lumière se retrouve par ailleurs dans les photos d'archive que le réalisateur récupère, collectionne et expose (à Beaubourg notamment en 2019). Dans son film il fait l’écho de cette pratique en filmant les photos de famille de l’infirmière et de sa mère étant jeune, comme si tout était imbriqué dans une dialectique temporelle, passé, présent, futur.
Mentions spéciales concernant les séries vues ou en cours :
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| Hôtel Rêverie, Haolu Wang |
A l'épisode 3 Hôtel Rêverie de la saison 7 de Black Mirror réalisé par Haolu Wang, un petit bijou de scénario, d'interprétation et de mise en scène.
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| Pluribus, Vince Gilligan |
Aux personnages de Carol (Rhea Seehorn) et Zosia (Karolina Wydra) dans la nouvelle série inventive Pluribus de Vince Gilligan, créateur de la série Breaking Bad. Hâte de suivre leurs pérégrinations !
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| Bienvenue à Derry, épisode 8, Andrés Muschietti |
A l'épisode 7 et 8 de la série Bienvenue à Derry, titrés respectivement The Black Spot et Winter Fire comportant de nombreux moments marquants. Mais c’est surtout la scène de la dague de l'épisode 8 qui retient l’attention, où l’ensemble du club des loosers se retrouvent à planter l'arme au pied d’un arbre mort au beau milieu d’un lac gelé. Scène extraordinaire et excellente car l’émotion fait irruption avec le retour du 5ème laron de la bande, Richie, dont le fantôme est uniquement perçu par Dick Hallorann, sans doute le personnage le mieux interprété et le mieux écrit de la série (super Chris Chalk).
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| Dick Hallorann (Chris Chalk) dans Bienvenue à Derry, épisode 8 |
Le temps ralentit alors pour mettre en évidence la force de l’union de cette bande de copain luttant contre un mauvais génie (excellent Bill Skarsgard). On retrouve d’ailleurs le même décor de fin que dans Black Phone 2, où le faucheur incarné par Ethan Hawke fonce en patin à glace sur ses proies. Cette saison, même si elle ne paraît pas aussi effrayante que ne l’était le téléfilm de Tommy Lee Walace, se conclue de manière épique et brillante. Les effets spéciaux, la mise en scène d’Andrés Muschietti ont contribué à rendre cette nouvelle adaptation du roman de Stephen King plus fantastique mais non moins dramatique. Une réussite pour ma part.
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| Adolescence, Jack Thorne et Stephen Graham |
A la série Adolescence de Jack Thorne et Stephen Graham. Série en 4 épisodes presque binge-watchée. De l’arrestation du jeune Jamie (Owen Cooper) au deuil de ses parents, conscients d’avoir perdu en quelque sorte leur fils, cette traversée dramatique en plan séquence tient en haleine de bout en bout. La caméra scrutant et embarquant l’action, permet une totale immersion dans ce récit où tout se désagrège un matin depuis le nid familial. Expérience de la durée, impression de temps réel (l’épisode 3 est magistral), l’interprétation est également remarquable. Mention spéciale à l’interprétation de Stephen Graham acteur et cocréateur de la série (le père de Jamie) tout en brutalité et en fragilité, ainsi qu’à Erin Doherty (la psy de Jamie qui lui rend visite dans l’épisode 3) et enfin au policier interprété brillamment par Ashley Walters dans le premier épisode.
A la série Monstre : L'Histoire d'Ed Gein de Max Winkler. Cette troisième incursion dans le parcours d’un monstre s’attache non seulement à décrire avec précision ses méfaits mais aussi à rentrer dans sa psyché, à s’intéresser aux questions du pourquoi et du comment il en est arrivé là. La performance de Charlie Hunnam est à ce titre exceptionnelle, délaissant son côté lisse et bankable (Pacific Rim, Crimsom Peak, Le Roi Arthur), pour une incarnation réellement dérangeante. Mais dans cette plongée en enfer, il faut aussi saluer la performance tout aussi perturbante de Laurie Metcalf en mère de Gein et de Vicky Krieps en Isle Koch, la sorcière de Buchenwald, autre monstre dépeint dans la série comme modèle pour Ed Gein. Cette troisième saison se démarque donc en terme de réalisation et de profondeur de jeu, oscillant entre cauchemar et fascination morbide. Une quatrième saison est d'ores et déjà en route centrée sur le profil inquiétant de Lizzie Borden.
Rétrospective ciné :
Ai revu avec plaisir : Jurassic Park, Taxi Driver, Matrix, Kill Bill 1 et 2, Mission Impossible : Dead Reckoning, Star Wars 7, Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal et l’épisode pilote de 21 Jump Street.
Grands moments d'émotion devant : Samuel, Promesse, Madame Hofmann, Partir un jour et L'Histoire de Souleymane.
Ai bien ri devant : L'Aventura, L’accident de Piano, Roofman, I Love Peru, Samuel et Un Ours dans le jura.
Ai rattrapé et beaucoup aimé : Les Reines du Drames, Les Graines du figuier Sauvage, Madame Hofmann, Samuel, L'Histoire de Souleymane, Past Lives, Les Chambres Rouges, Vingt Dieux, Foudre, A son Image, Flow.
Grosses déceptions : Mickey 17, A House of Dynamite, Eddington, The Studio (série), 5 septembre
Gâchis ou ratages : Superman, The Conjuring 4 Last Rites, Love, Death and Robots saison 4, Pris au Piège, Marche ou Crève, Black Phone 2
Pétards mouillés : F1, Bugonia, La Chambre d'à côté
Découvertes improbables stimulantes : Dangerous Animals, Cuckoo, Hallow Road, Reflet dans un diamant mort, Good Boy, Piège pour Cendrillon, La Tour de glace.
Perspectives :
Souhaite rattraper prochainement : Muganga, La Petite dernière, Room Temperature, Un simple accident, Zootopie 2, Dossier 137, Des Preuves d’Amour, Nouvelle Vague et Résurrection.
Attends impatiemment : L’Odyssée de Christopher Nolan, Mother Mary de David Lowery, Marty Supreme de Josh Safdi, Brides de Chloe Okuno, Histoire de la Nuit de Léa Mysius, Minotaure d'Andreï Zviaguintsev, Disclosure Day de Steven Spielberg, Judy (titre provisoire) d'Alejandro González Iñárritu, King Snake de Jeff Nichols, Paper Tiger de James Gray et Hope de Na Hong-Jin.
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Ce bilan marque la fin d'une année cinématographique très dense, assez prenante mais non moins palpitante. Ne pas oublier qu'un top est la photographie d'un classement pouvant toujours évoluer avec le temps, et que certains films, tout comme d'autres œuvres en général, à la manière d'un bon vin, font leur chemin, distille leur message, leur esthétique, leur secret, au fur et à mesure du temps et de leur parcours. C'est bien souvent à cela qu'on reconnaît un chef d’œuvre, à sa capacité de traverser les époques et de continuer à nous parler par-delà son point d'origine. En bref un film est vivant.
J'espère que 2026 saura apporter son lot de bonheurs artistiques comme 2025 sut le faire. Je vous souhaite chère lectrice et cher lecteur une magnifique année en vous laissant sur cette dernière image, symbolique si l'on veut, celle d'un orchestre en devenir interprétant un titre de Muse. 6 minutes 26 de bonheur musical.
La musique d'abord entrainée lentement par les violons et quelques percussions vivaces se radoucit pour laisser la place à une mélodie plus fine et légère entamée à la flûte traversière, puis elle devient quelque peu hésitante à la trompette, la batterie garde toutefois le tempo, la cheffe d’orchestre ne cesse de transmettre son énergie, apparaît alors une voix solo donnant une orientation plus solide à l’ensemble, la musique devient de plus en plus posée et harmonieuse, elle commence à trouver son équilibre, son rythme, en embarquant toutes les voix avec elle, la cheffe d'orchestre redouble de vigueur et de confiance, l'assurance commence à gagner l'orchestre, les instrumentistes et le chœur continuent leur course à l'harmonie dans des accords de plus en plus habités, pour s'unir parfaitement dans un final épique et grandiose.
Trouvez votre harmonie, trouvez votre rythme, vos accords, pour faire de 2026 une année épique et grandiose. Prenez soin de vous et à l'année prochaine !
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