French Touch

Le documentaire d'Arte de Thibaut de Longeville en six partie sur DJ Mehdi est exceptionnel. Retraçant le parcours atypique d'un jeune de banlieue mixant dans sa chambre sur un sampler bricolé, créant sa propre bibliothèque de sons, entassant les vinyles, aimant la musique plus que tout, on assiste à la naissance d'un artiste en devenir. De la première collaboration de Mehdi au début des années 90 avec son pote de hip-hop Alix (alias Kery James) jusqu'à sa rencontre avec le dj et producteur Riton du duo Carte Blanche, c'est une traversée musicale de plus de 3h dans le milieu de la scène rap et électro s’étalant sur deux décennies.


Kery James et DJ Mehdi au début des années 90

Ce qui frappe au premier épisode, c'est l'énergie créative, la volonté de produire des sons, d'inventer, de mixer et sampler tout ce qui passe, pour faire chanter les copains du quartier sur ses propres instru. Démarre alors le parcours artistique de Mehdi, repoussant les frontières à chaque nouvelle collaboration, chaque nouveau morceau. Le duo Alix-Mehdi est une hallucinante alchimie, tout colle parfaitement, le son et la voix. Intégrant le groupe Ideal Junior au début des années 90 (rebaptisé Idéal J en 1996), Mehdi composa toutes les parties instrumentales jusqu'à la dissolution du groupe en 1999 après le concert de l'Elysée-Montmartre où Kery James mit en stand-by sa carrière de rappeur suite à l'assassinat d'un membre du groupe.

Solo, Mehdi rencontre MC Solaar, Boombass et Zdar (ces deux derniers futurs membres du groupe électro Cassius), pour participer au troisième album du rappeur intitulé « Paradisiaque ». Puis plus tard on le retrouve avec le groupe 113 du collectif Mafia K-1 Fry pour produire leur premier album, « Les Princes de la Ville », véritable choc musical grâce à un style instrumental sortant des sentiers battus, mélange de samples soul, funk, électro et orientaux (notamment pour le morceau « Tonton du Bled ») qui le propulsera disque de platine accompagné de deux victoires de la musique.

Mokobé, rappeur et fondateur du groupe 113

Mais la partie la plus intéressante du documentaire arrive lorsque Mehdi commence à prendre son indépendance, se détachant du monde du rap pour expérimenter de nouveaux horizons sonores, notamment la techno, l'électro et la house. Pour sa participation au deuxième album du 113, il fait ainsi appel à Thomas Bangalter des Daft Punk afin de l'enregistrer avec sa talkbox sur le titre « 113 fout la merde ». C'est une véritable main tendue au monde de l'électro. La rencontre avec Pedro Winter (producteur des Daft de 1996 à 2007 et fondateur du label électro Ed Banger Records) va alors accélérer les choses. Déjà fasciné par des musiciens de légende (Kraftwerk, Bob Dylan, Jimi Hendrix, Jimmy Page, les Beatles, les Rolling Stones), Mehdi mélange ses influences, explore les possibles, décloisonne la musique des carcans du genre. C'est en poussant la porte de la scène électro qu'il fait ses armes sur ces nouvelles terres musicales qui n'avaient jusqu'alors presque jamais été foulées par un artiste de culture hip-hop.

Thomas Bangalter et DJ Mehdi aux platines

Arrive alors son premier album solo « Espion Le Ep » avec de nombreuses collaborations hip-hop et électro, puis l'album révélation avec « Lucky Boy» en 2006 et un morceau anthologique « Signatune », dont le clip a été réalisé par Romain Gavras (membre du collectif Kourtrajmé). Notoriété immédiate et multiples invitations au festival de Coachella, DJ Mehdi sillonne le monde, affirme son style, son éclectisme et son amour de la musique en mélangeant les sonorités, en créant des ponts entre les genres musicaux.

De ce documentaire généreux et percutant sur le parcours d'un artiste, reste l'impression d'avoir assisté au déploiement du processus créatif d'un passionné du son, forgeant sa culture musicale au gré de sa pratique, les mains dans les samples et les vinyles, où l'on assiste depuis sa chambre d'ado jusqu'aux salles de concert, à une alchimie musicale dense et visionnaire.

Images provenant du documentaire DJ Mehdi : Made in France, réalisé par Thibaut de Longeville pour arte tv, 2024
 

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