Top 10 2023
Pour la onzième année consécutive de ce blog, voici mon top 10 ciné 2023. Année la plus productive en terme d’articles publiés qui aura vu de nombreux films mis en lumière. Besoin d’écrire, de dire à quel point j’ai aimé, mais aussi d’analyser, de comprendre ce qui rend une œuvre passionnante. Dans ce top se trouvent majoritairement des films sortis en 2023, sauf deux pour lesquels j’ai eu un véritable coup de cœur et n'ai pas pu me résoudre à les faire figurer en dehors de ce classement. Tout ceci est évidemment subjectif, mais donne une certaine couleur, un indice artistique et thématique, à une année 2023 riche en terme cinématographique.
À noter que les six premiers films de ce top ont bénéficié d’un coup de projecteur et que certaines réalisations sorties en 2022 rattrapées en 2023 auraient pu faire partie de la liste (As Bestas, Bruno Reidal, Pacifiction, Les Enfants des autres, Avatar 2).
D’autres (re)découvertes moins contemporaines auraient également pu compléter ce top (Cruising, La Forteresse noire, Le Locataire, Cloverfield) tant elles sont de vraies réussites mais trop éloignées dans le temps. Parmi les films ayant frôlé la 10ème marche du podium on trouve Killers of the Flower Moon de Martin Scorsese, Napoléon de Ridley Scott, Misanthrope de Damian Szifron, Terrifier 2 de Damien Leone, The Black Phone de Scott Derrickson et Suzume de Makoto Shinkai. Mais il faut choisir. Les films tels que Le Règne Animal de Thomas Cailley, Mars Express de Jérémie Périn et Le Garçon et le Héron d'Hayao Miyazaki sortis cette année auraient peut-être également pu trouver leur place, mais je ne les ai hélas pas vus.
Complètent ce top 10 quelques mentions spéciales faisant cas d’une scène, d’un épisode de série ou d'une série entière, d’un personnage, d’un moment particulier, ayant retenu l’attention en dépit parfois de nombreux défauts. Quelques notes éparses accompagnent les films de ce top tout en nuances.
1. The Fabelmans, Steven Spielberg : Œuvre sur l’œuvre, regard d’un réalisateur sur son propre parcours, véritable autoportrait cinématographique de mille éclats.
2. Anatomie d’une chute, Justine Triet : La beauté des paysages entremêlée d’un drame, scènes de la vie d’un couple scrutées dans ses détails, spectateur à la place d’un juré. Regard animal empathique.
3. Vortex, Gaspar Noé (sorti en 2022) : Le 4ème âge, sénescence, lent déclin filmée et racontée de manière prosaïque, comme une contamination de la vie par la vieillesse aboutissant à un effacement progressif.
4. Yannick, Quentin Dupieux : Super Raphaël Quenard. Le spectateur en véritable héros rebelle, double performance, film caustique et émouvant, refus des codes, transgression, liberté de création.
5. Chien de la casse,
Jean-Baptiste Durand : Second film du top avec le génial Raphaël
Quenard et les excellents Anthony Bajon et Galatéa Bellugi. Sud de la France transfiguré, cadrage somptueux, film sur
l'amitié et la transition vers l'âge adulte.
6. The Whale, Darren Aronofsky : Le poids d’un homme et de sa culpabilité monstre, la solitude d’un père enfermé dans son malheur avec la lumière au bout du tunnel.
7. Babylon, Damien Chazelle : Grandeur et décadence du cinéma à l’ère du muet, mise en scène frénétique mais non moins sage, film oracle, vision du cinéma.
8. Pinocchio, Guillermo del Toro (sorti en 2022) : Œuvre puissante sur l'amour filial, le deuil et la reconstruction. Aucune mièvrerie, travail des émotions en profondeur.
9. Tár, Todd Field : Une des meilleures performances de Cate Blanchett en chef d’orchestre démiurgique. Film hanté, froid, sombre, témoignant de l’envahissement d’une passion, histoire d’une déchéance programmée à l’ère des réseaux sociaux.
10. Pearl, Ti West : Mia Goth complètement habitée, pastiche de mélo, vrai slasher. Hitchcock, Tobe Hooper et le Magicien d’Oz en référence. Mise en scène disruptive.
Mentions spéciales :
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| Lauren LaVera interprète de Sienna Shaw sur l'affiche de Terrifier 2, Damien Leone |
À l’hallucinant
flashback de The Black Phone, véritable rupture de ton à l’image passant du
grain 35 mm au 8 mm pour marquer le retour au passé. Photographie ténébreuse, personnages charismatiques, mise en scène percutante, scénario remarquablement bien écrit, le film de Scott Derrickson (Dr Strange, L'Exorcisme d'Emily Rose, Sinister) réussit le pari de revisiter le film de séquestration depuis Ten Cloverfield Lane ou The Visit. Une séquence retient particulièrement l'attention : l'arrestation de Vance Hopper, l'un des ados kidnappés par le faucheur, après avoir tabassé deux autres garçons pour avoir perturbé sa partie de flipper dans un drugstore. Scène au ralenti où l'on comprend que la soeur du héros, Gwendolyn Blake (excellement interprétée par Madeleine Mc Graw), est douée de vision ou de divination. Ses rêves lui permettant d'obtenir de précieuses informations sur le tueur. L'acteur Mason Thames est également excellent dans son rôle (Finney Blake).
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| The Black Phone, Scott Derrickson |
À la scène du kiosque dans La Nonne : La Malédiction de Sainte Lucie de Michael Chaves. Véritable trouvaille graphique pour marquer la monstruosité, le personnage de sœur Irène (Teissa Farmiga) se trouve seule dans une ruelle proche de l’église de Tarascon et assiste médusée au feuilletage de magazines exposés ostensiblement en kiosque par une force invisible, un coup de vent. Cela donne lieu à l’assemblage d'un panel de visages disparates formant un tout horrifique, comme des greffes mal raccordées évoquant à la fois Frankenstein et un cadavre exquis surréaliste. Cela ne suffit évidemment pas à faire de La Nonne 2 un bon film mais le rend un peu moins creux.
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| La Nonne : La Malédiction de Sainte Lucie, Michael Chaves |
À l’épisode 3 de la
série The Last of Us intitulé Long long time réalisé par Peter Hoar, étonnant et remarquable par sa mise en scène associée à la qualité d'interprétation des deux acteurs principaux (Murray Bartlett et Nick Offermann), l'épisode tient du miracle scénaristique tant il est cohérent et décalé. Merci Craig Mazin.
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| Long long time, épisode 3 de The Last of Us, Peter Hoar |
À l’épisode 5 d’Ahsoka, Le Guerrier de l’ombre réalisé par Dave Filoni, revisitant et réactivant telle une madeleine de Proust les codes de la saga Star Wars. Hélas après l’épisode 5, la série ne parvient toujours pas à prendre de la hauteur mais au contraire s’affaisse encore davantage. À saluer tout de même quelques timides audaces notamment la lenteur de la mise en scène pour raconter le sauvetage d’Erza. Choix qui, malheureusement, n’est pas profitable à la série tant il se répète trop souvent et devient un gadget plutôt qu’un parti pris véritablement artistique. L’ensemble est finalement ennuyeux.
À la série 22.11.63 adaptation du roman éponyme de Stephen King. Bien que le premier épisode soit mal réalisé, scénarisé et interprété, l’intrigue monte en puissance dès le second épisode où les enjeux prennent enfin corps. Une vraie plongée dans les années 60 où James Franco est excellent dans ce rôle de voyageur temporel venant de l'année 2016, peut-être un poil cabotin mais c’est un réel plaisir de le suivre tant il est charismatique. L’épisode 5 Le Cœur révélateur, celui réalisé par l’acteur est un petit bijou.
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| 22.11.63, les acteurs Chris Cooper et James Franco |
À la première heure de Beau is afraid d’Ari Aster. Une première heure excellente qui confine au génie, complètement barrée, prenante où l’inattendu est partout. Grande paranoïa, délire, mise en scène pointue, interprétation de Joaquin Phoenix au top. MAIS le film devient pompeux, assommant, et beaucoup trop névrosé et psychanalytique plus il avance. Ce qui en fait une sorte de film monstrueux, se regardant un peu trop dans le miroir sans parvenir à questionner ou à émouvoir.
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| Beau Is Afraid, Ari Aster |
À la série One Piece de Matt Owens et Steven Maeda produite par Eiichirō Oda, père du shonen. Le trailer ne vendait pas du rêve, on pouvait croire à une catastrophe artistique et une énième adaptation ratée d’un manga (je cite au passage Les Chevaliers du Zodiaque de Tomasz Baginski sorti la même année, un vrai massacre). Et pourtant ce sont bel et bien huit épisodes rondement menés, avec un excellent casting. Mention spéciale à l’acteur incarnant Luffy (Inaki Godoy) dont le sourire, même si forcé, parvient à faire jeu égal avec la représentation du personnage dans le manga. C’est assez rare. La présence d’Eiichirō Oda au générique indique qu’il a été très partie prenante, vigilant, afin que cette adaptation en prises de vue réelles corresponde le mieux possible à son œuvre. C’est réussi et on en redemande !
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| One Piece, Steven Maeda et Matt Owens |
Au film Donjons et Dragons : l’Honneur des Voleurs réalisé par Jonathan Goldstein et John Francis Daley. Bonne surprise. Force est de constater que le film est de qualité tant au niveau des personnages, du scénario, de l’interprétation (mention spéciale à Hugh Grant, Michelle Rodriguez et Chris Pine ainsi qu’à Regé Jean Page) mais aussi et surtout de la mise en scène, percutante et soignée. Un film qui donne le sourire (certaines répliques sont vraiment drôles, « Il va bien Sven ? », l’évasion de la prison en utilisant l’un des juges Jarnathan, le dragon obèse, le pont, toutes les répliques ampoulées de Xenk Yendar).
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| Donjons et Dragons : L'Honneur des Voleurs, Jonathan Goldstein et John Francis Daley |
À Terrifier 2 de Damien Leone. Meilleur que le premier, six ans les séparent. Le réalisateur a fait appel à une actrice charismatique peu connue Lauren LaVera, parfaite pour le rôle de Sienna Shaw, justicière improvisée contre Art le clown. La musique, le montage, les effets spéciaux, les maquillages, les costumes, l’étalonnage, font de ce deuxième volet une ode aux slashers. Kitch assumé jusqu’au bout digne d’Halloween, Vendredi 13, Evil Dead 2 et 3, Chucky, Massacre à la tronçonneuse et Métal Hurlant. Le film vire au fantastique et à l’héroïc fantasy (comme on pouvant s’en douter en regardant l’affiche) vers un final jubilatoire.
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| Terrifier 2, Damien Leone |
Et maintenant, en route vers 2024 ! J'espère que celle-ci sera aussi riche et dense en nouvelles aventures artistiques et cinématographiques. Bonne année par avance à tous mes lecteurs et lectrices ; Portez-vous bien !











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